Une marque t'envoie un contrat de trois pages. Tu le lis en diagonale, tout a l'air normal, tu signes. Six mois plus tard tu vois ta vidéo en publicité dans un pays où tu n'as jamais mis les pieds, et tu ne peux rien dire. Ce guide t'apprend à repérer ça en cinq minutes de lecture.
« Droits d'usage » : ce que ça veut dire vraiment
Quand tu produis une vidéo pour une marque, deux choses se vendent. Ton travail, et le droit de se servir du résultat. La seconde vaut souvent plus cher que la première, et c'est celle qu'on oublie de facturer.
Un droit d'usage se décrit toujours par quatre variables. Si l'une manque dans le contrat, elle sera interprétée dans le sens le plus large, et ce ne sera pas le tien.
- La durée. Trois mois, un an, illimité. « Illimité » veut dire pour toujours, y compris dans dix ans.
- Le territoire. Ton pays, l'Europe, le monde. Le monde coûte plus cher qu'un pays, forcément.
- Les supports. Le compte de la marque, son site, ses publicités payantes, l'affichage en magasin, la télévision. Chaque support ajoute de la valeur pour elle.
- L'exclusivité. Est-ce que tu t'interdis de travailler avec ses concurrents, lesquels, et pendant combien de temps.
Le mot qui doit t'arrêter net : cession
Il y a une différence énorme entre concéder un droit d'usage et céder ses droits.
Une concession, c'est un prêt encadré : la marque peut utiliser ta vidéo selon les quatre variables ci-dessus, et rien de plus. Une cession, surtout écrite « à titre exclusif, pour le monde entier, pour toute la durée légale de protection », c'est un transfert. Tu ne contrôles plus rien, y compris l'usage de ton propre visage dans un contexte que tu n'aurais jamais accepté.
Une cession totale ne se signe pas pour le prix d'une vidéo. Si une marque y tient vraiment, elle doit le payer comme un rachat, pas comme une prestation.
Le whitelisting, ou pourquoi ta vidéo tourne en publicité
Le whitelisting, aussi appelé Spark Ads selon les plateformes, c'est quand tu autorises une marque à diffuser une publication depuis ton propre compte, en payant de la diffusion. Le public voit ta tête et ton nom, la marque choisit la cible et le budget.
C'est un service à part entière, et il se facture à part. Ce n'est pas un bonus qu'on ajoute gratuitement à une collaboration, parce que trois choses t'appartiennent et sont utilisées : ton compte, ton nom, et la confiance que ton public t'accorde.
Deux points à cadrer avant d'accepter : combien de temps la campagne tourne, et qui décide du ciblage. Ton visage associé à une audience que tu n'as pas choisie, c'est ta réputation qui paie.
Les cinq clauses à refuser, ou à faire réécrire
- La cession illimitée sans terme. Demande une durée. Toujours. Si on te répond que « c'est le contrat standard », c'est justement pour ça qu'il faut le changer.
- L'exclusivité sans catégorie précise. « Aucune marque concurrente » ne veut rien dire. Fais écrire le secteur exact et la liste, sinon tu découvriras l'étendue au moment de refuser un autre contrat.
- Les modifications illimitées. Sans nombre d'allers-retours écrit, il est infini, et ton tarif horaire fond à chaque tour.
- Le paiement à la performance seule. Tu ne contrôles ni l'algorithme, ni le produit, ni le prix, ni la page où atterrissent les gens. Un bonus lié aux résultats est très bien, en plus d'un fixe. Jamais à la place.
- Le droit de modifier ta vidéo sans validation. Un montage recoupé peut te faire dire ce que tu n'as pas dit. Exige une validation avant toute diffusion d'une version modifiée.
Lire un contrat en cinq minutes
Tu n'as pas besoin d'être juriste pour la première lecture. Utilise la recherche de ton lecteur PDF et cherche ces mots, un par un : cession, exclusivité, durée, territoire, illimité, perpétuel, modification, résiliation.
Chaque occurrence t'emmène à un endroit qui compte. Si l'un de ces mots n'apparaît nulle part, ce n'est pas rassurant : ça veut dire que la variable n'est pas encadrée, donc qu'elle sera interprétée largement.
Et pose systématiquement la question de la résiliation : que se passe-t-il si tu veux arrêter, ou si la marque se retrouve dans une affaire à laquelle tu ne veux pas être associé ? Une clause qui te permet de sortir vaut cher le jour où tu en as besoin.
Ce qu'il faut retenir
Tu n'as pas à accepter un contrat parce qu'il est « standard ». Un contrat est une proposition, et négocier une clause ne fait pas fuir une marque sérieuse : ça lui indique qu'elle a en face quelqu'un de professionnel. Celles que ça fait fuir t'ont évité un problème.
Commence simple : la prochaine fois qu'on te propose une cession illimitée, demande une durée. Une seule phrase, un seul changement. Note la réponse, c'est elle qui te dira à qui tu as affaire.