Tu demandes trois devis pour ton site et tu reçois trois chiffres qui n'ont rien à voir. L'un annonce quelques centaines d'euros, l'autre plusieurs milliers, et personne ne t'explique pourquoi. Voilà ce qui fait vraiment le prix, dans l'ordre, pour que tu puisses juger n'importe quel devis, y compris le mien.
Ce n'est pas le nombre de pages
C'est la première idée à jeter. Ajouter une page à un site déjà construit prend peu de temps : la structure, le design et les composants existent déjà. Un site de cinq pages et un site de douze pages, à contenu équivalent, sont beaucoup plus proches en prix qu'on ne le croit.
Ce qui coûte, c'est le nombre de modèles de page différents. Une page « à propos », une fiche produit et un tunnel de paiement sont trois objets distincts, à concevoir, à construire et à tester séparément. Dix pages qui reprennent le même modèle coûtent moins que trois pages qui n'ont rien en commun.
Le vrai poste caché : le contenu
C'est le facteur qui fait exploser les budgets et les délais, et presque aucun devis ne le chiffre.
Un site dont les textes et les photos existent déjà se livre vite. Le même site avec « on verra les textes plus tard » traîne des mois, parce que la production de contenu devient le chemin critique et que personne ne l'avait prévue. Le prestataire attend, toi tu culpabilises, et le projet stagne pendant que la facture, elle, est déjà partie.
Le test qui sépare un bon prestataire d'un mauvais tient en trois questions : qui écrit les textes, qui fournit les images, et que se passe-t-il si tu ne les fournis pas à temps. Un devis qui ne répond pas à ces trois questions n'est pas un devis, c'est une intention.
Les fonctions qui changent la nature du projet
Certaines demandes semblent anodines et doublent la complexité, parce qu'elles font passer d'un site qui présente à un site qui traite quelque chose :
- Encaisser un paiement. Ce n'est pas un bouton, c'est un tunnel, des états de commande, des reçus, des remboursements, des cas d'échec.
- Créer des comptes. Connexion, mot de passe oublié, données personnelles, sécurité.
- Des variantes de produit. Une taille et une couleur transforment un catalogue simple en matrice.
- Plusieurs langues. Ce n'est pas une traduction, c'est un doublement de tout le contenu, et de sa maintenance.
- Une connexion à un outil existant : stock, comptabilité, CRM. Le prix dépend entièrement de la qualité de l'outil d'en face, et personne ne peut la deviner sans regarder.
Ce qui ne se voit pas dans le prix, et qui compte plus que le design
Deux sites peuvent se ressembler et n'avoir rien à voir. Ce qui les sépare est invisible sur une capture d'écran :
La vitesse. Un site lent perd des visiteurs avant même d'être vu, et aucun design ne rattrape ça.
Le mobile. Pas « ça passe sur téléphone », mais pensé pour le téléphone d'abord, parce que c'est là que sont tes visiteurs.
La propriété des accès. Nom de domaine, hébergement, comptes de paiement : ils doivent être à ton nom, pas à celui de ton prestataire. C'est la différence entre changer de prestataire un jour et être pris en otage.
Ce qui se passe après la livraison. Qui met à jour, qui répare si ça casse, à quel prix. Un site n'est pas un meuble, c'est un logiciel : il vieillit.
Comment lire un devis en cinq minutes
- Cherche le mot contenu. S'il n'y est pas, le budget est incomplet.
- Cherche le nombre d'allers-retours inclus. S'il n'y est pas, il est infini, et le prestataire le sait.
- Cherche à qui appartiennent les accès.
- Cherche ce qui se passe après : maintenance, corrections, durée de garantie.
- Demande un périmètre écrit de ce qui n'est PAS inclus. C'est la ligne la plus utile d'un devis, et celle que personne n'écrit spontanément.
Le conseil qui me fait perdre de l'argent
Ne fais pas construire le site que tu veux dans deux ans. Fais construire celui qui encaisse ton premier paiement : une page qui explique ce que tu vends, à qui, à quel prix, avec un moyen de payer et un moyen de te joindre.
La raison est concrète. Tant que rien n'est en ligne, tu décides tout dans le vide. Dès que quelque chose tourne, tes clients te disent quoi construire ensuite, et tu arrêtes de payer pour des fonctions que personne n'utilise.
Le piège inverse existe aussi : si tu vends déjà et que ton site te fait perdre des ventes, la refonte n'est pas un luxe, c'est le poste le plus rentable de ton budget. Les deux situations n'appellent pas la même dépense, et c'est exactement ce qu'il faut trancher avant de demander un devis.