Tu décris ton projet en trois phrases et on te renvoie un prix dans l'heure. Ça paraît efficace. C'est surtout le meilleur indicateur que le devis est faux, et qu'il sera révisé en cours de route, à ton désavantage.
Pourquoi un devis rapide est un mauvais signe
Un prix juste dépend de choses qu'on ne peut pas deviner : ce que tu as déjà, ce que tu veux vraiment, ce qui existe autour. Sans ces informations, le prestataire fait l'une des deux choses suivantes.
Soit il chiffre bas pour emporter l'affaire, et découvre ensuite l'ampleur réelle. Là commencent les avenants, les « ça, ce n'était pas prévu », et une relation qui s'abîme. Soit il chiffre haut par sécurité, et tu paies une marge d'incertitude que de bonnes questions auraient supprimée.
Dans les deux cas, tu paies l'absence de questions.
Les huit questions qu'on doit te poser
- Qu'est-ce que tu vends, et à qui ? Sans ça, on construit une brochure, pas un outil de vente.
- Qu'est-ce qui se passe aujourd'hui sans site ? La réponse dit si le projet est urgent ou confortable, et donc quel périmètre a du sens.
- Les textes et les images existent-ils ? C'est le poste qui fait déraper les budgets et les délais.
- Le site doit-il encaisser ? Un paiement change la nature du projet, pas seulement sa taille.
- Faut-il se connecter à un outil existant ? Stock, comptabilité, réservation. Le prix dépend de la qualité de l'outil d'en face.
- Qui décide chez toi ? Un interlocuteur unique ou un comité, ce n'est pas le même projet.
- Où sont tes accès ? Domaine, hébergement, comptes. On le découvre trop souvent le jour de la mise en ligne.
- Qui s'en occupe après ? Un site est un logiciel, il vieillit. Si personne ne répond à cette question, c'est toi.
Les questions qu'on ne devrait pas te poser
« Tu as des exemples de sites que tu aimes ? » n'est pas inutile, mais posée en premier elle indique qu'on parle esthétique avant de parler objectif. Le design vient après la fonction, pas l'inverse.
« Quel est ton budget ? » posée avant toute autre question sert souvent à caler le devis sur ce que tu es prêt à payer plutôt que sur ce que le projet demande. La bonne version arrive plus tard, et sert à choisir le périmètre : elle est légitime à ce moment-là.
Le document qui devrait sortir de l'échange
Pas un prix seul. Un périmètre écrit : ce qui est inclus, ce qui ne l'est pas, ce que tu dois fournir et pour quand, le nombre d'allers-retours, ce qui se passe après la livraison.
La ligne la plus utile d'un devis est celle qui dit ce qui n'est pas compris. Personne ne l'écrit spontanément. Demande-la, systématiquement : c'est là que se trouvent les futurs désaccords.
Ce que ça t'apprend, au fond
Un prestataire qui pose ces questions t'a déjà fait gagner quelque chose avant même de commencer : il t'a forcé à clarifier ton projet. Beaucoup de gens découvrent à ce moment-là qu'ils n'avaient pas besoin de ce qu'ils demandaient.
Et si ces questions te semblent difficiles, ce n'est pas mauvais signe. C'est simplement que le vrai travail commence là, et pas au moment de choisir une couleur.
